Graphique boursier haussier reliant une puce d’intelligence artificielle à des minéraux de terres rares

Inflation, intelligence artificielle et nouvelle ruée vers les terres rares

Après une progression particulièrement vigoureuse la semaine dernière, les marchés boursiers ont poursuivi leur ascension cette semaine, soutenus par des données d’inflation rassurantes et par de solides résultats dans le secteur de l’intelligence artificielle.

Rappelons que la semaine dernière, le S&P 500 avait gagné 3,58 %, le Nasdaq 5,19 % et le Dow Jones 2,96 %, soit leur meilleure performance hebdomadaire depuis avril. Au Canada, l’indice composé S&P/TSX avait progressé de 3,28 %, également aidé par la vigueur des secteurs minier, technologique et immobilier.

Ce vendredi matin, les marchés américains ont toutefois amorcé la séance avec prudence. À l’ouverture, le S&P 500 et le Nasdaq progressaient légèrement, tandis que le Dow Jones oscillait autour de l’équilibre. Le S&P 500 venait de terminer la séance de jeudi à un nouveau sommet historique de 7 798,99 points et se dirigeait, tout comme le Nasdaq, vers une troisième semaine consécutive de gains.

À Toronto, l’indice composé S&P/TSX évoluait autour de 36 773 points après avoir lui aussi établi plusieurs records au cours de la semaine.

La prudence des investisseurs s’explique notamment par la situation toujours tendue au Moyen-Orient. La circulation dans le détroit d’Ormuz semble être presque complètement paralysée après de nouvelles attaques contre des navires. Les États-Unis ont par ailleurs indiqué qu’ils pourraient maintenir indéfiniment leur blocus naval contre l’Iran.

Le pétrole Brent se dirigeait ainsi vers une progression hebdomadaire d’environ 6 %. Cette hausse rappelle que le principal risque inflationniste n’a pas complètement disparu, même si les données publiées cette semaine ont offert un certain répit aux investisseurs.

L’inflation ralentit suffisamment pour rassurer les marchés

La publication de l’indice des prix à la consommation américain était l’un des principaux rendez-vous économiques de la semaine.

En juillet, le CPI a progressé de seulement 0,1 % par rapport au mois précédent, conformément aux attentes. Sur une période de 12 mois, l’inflation globale a ralenti à 3,4 %, contre 3,5 % en juin.

L’inflation sous-jacente, qui exclut les aliments et l’énergie, a augmenté de 0,2 % sur un mois et de 2,5 % sur un an. Il s’agit d’une amélioration par rapport au taux annuel de 2,6 % observé en juin.

La baisse du prix de l’essence pour un deuxième mois consécutif a contribué à limiter l’inflation globale. Les prix des soins médicaux, des billets d’avion et de certains services ont toutefois continué de progresser.

Dans l’ensemble, le rapport était suffisamment modéré pour réduire la probabilité d’une hausse des taux d’intérêt dès la prochaine réunion de la Réserve fédérale. Il ne permet cependant pas encore de déclarer victoire sur l’inflation, particulièrement avec les prix de l’énergie qui demeurent élevés. Bureau of Labor Statistics

Le rapport sur les prix à la production, publié jeudi, a renforcé ce sentiment d’apaisement. Le PPI est demeuré inchangé en juillet, alors que les économistes anticipaient une hausse de 0,2 %. Les prix des biens ont diminué de 0,7 %, principalement en raison du recul de l’énergie, tandis que ceux des services ont progressé de 0,2 %.

Sur 12 mois, les prix à la production ont néanmoins augmenté de 4,7 %. Ce taux demeure élevé, mais la stabilité mensuelle suggère que les entreprises n’ont pas transmis l’ensemble de leurs coûts supplémentaires aux consommateurs. Bureau of Labor Statistics

La combinaison d’un CPI modéré et d’un PPI inférieur aux attentes donne donc davantage de flexibilité à la Réserve fédérale. Elle pourrait maintenir son taux directeur inchangé en septembre et attendre d’autres données avant de prendre une décision.

Des ventes au détail beaucoup plus faibles que prévu

Vendredi matin, les investisseurs ont également pris connaissance d’une baisse inattendue des ventes au détail.

Celles-ci ont reculé de 0,6 % en juillet, après une progression de 0,2 % en juin. Les économistes anticipaient plutôt une légère hausse de 0,1 %.

Comme ce fut le cas avec le rapport sur l’emploi de la semaine dernière, le marché a initialement accueilli cette mauvaise nouvelle économique avec un certain calme. Une consommation plus faible peut réduire les pressions inflationnistes et donner une raison supplémentaire à la Réserve fédérale de ne pas augmenter ses taux.

Cette logique comporte toutefois une limite. Un ralentissement modéré de la consommation peut rassurer la Fed, mais une contraction persistante finirait par peser sur les revenus et les bénéfices des entreprises.

Le scénario privilégié par les marchés demeure donc celui d’un ralentissement contrôlé : une économie suffisamment modérée pour calmer l’inflation, mais suffisamment solide pour éviter une récession.

Les résultats liés à l’IA confirment la demande… et l’impatience du marché

Plusieurs entreprises directement exposées à la construction des infrastructures d’intelligence artificielle ont publié leurs résultats cette semaine.

CoreWeave (CRWV) a été l’un des grands gagnants. Ses revenus ont plus que doublé pour atteindre 2,58 milliards de dollars, légèrement au-dessus des attentes. Son carnet de commandes s’élevait à 104,2 milliards de dollars et l’entreprise a relevé ses objectifs annuels.

CoreWeave prévoit maintenant consacrer entre 35 et 39 milliards de dollars à ses dépenses en immobilisations en 2026 afin de développer ses centres de données. Malgré l’ampleur de ces investissements, les investisseurs ont surtout retenu que sa capacité à court terme est pratiquement entièrement réservée. Le titre a bondi de 19 % mercredi. Reuters

Nebius (NBIS) a également surpassé les attentes. Les revenus de son secteur infonuagique lié à l’IA ont presque été multipliés par six et les revenus totaux ont atteint 582,3 millions de dollars.

L’entreprise a signé quatre contrats d’une valeur moyenne supérieure à un milliard de dollars et affirme que la demande demeure largement supérieure à l’offre. Elle a toutefois consacré environ 5,7 milliards de dollars à ses investissements durant le trimestre, illustrant encore une fois les sommes considérables nécessaires pour participer à cette course. Le titre a fortement progressé après la publication. Reuters

Cisco (CSCO) a pour sa part déclaré des revenus trimestriels de 17,25 milliards de dollars, en hausse de 17,6 %. L’entreprise a reçu pour 4 milliards de dollars de commandes d’infrastructures d’IA provenant des grands fournisseurs infonuagiques durant le trimestre, portant son total annuel à 9,3 milliards.

Malgré ces résultats et des prévisions annuelles supérieures aux attentes, le titre a reculé après la publication. La faiblesse anticipée des marges et la forte progression déjà enregistrée par l’action ont rendu les investisseurs plus exigeants.

Une réaction semblable a été observée chez Coherent (COHR), Cerebras (CBRS) et Applied Materials (AMAT). Les entreprises ont présenté plusieurs signes de croissance, mais leurs titres ont reculé ou ont connu une forte volatilité.

Applied Materials a notamment publié des revenus de 9,12 milliards de dollars, en hausse de 25 %, et prévoit environ 10,25 milliards pour le prochain trimestre, bien au-dessus des attentes. L’entreprise estime aussi que ses revenus provenant de l’encapsulation avancée devraient progresser de plus de 70 % en 2026.

Malgré cela, l’action reculait d’environ 5 % vendredi matin. Après avoir plus que doublé depuis le début de l’année, de simples résultats solides ne suffisent plus : le marché exige maintenant une accélération constante. Reuters

La leçon de la semaine est donc intéressante. La demande pour les infrastructures d’IA demeure extrêmement forte, mais les valorisations reflètent déjà une grande partie de cet optimisme. Les investisseurs récompensent les entreprises qui transforment rapidement leurs investissements en revenus et en bénéfices, mais sanctionnent le moindre signe de ralentissement, même lorsque les résultats demeurent bons.

Berkshire Hathaway commence à déployer ses liquidités

Berkshire Hathaway a également attiré l’attention avec la publication de son deuxième rapport trimestriel sous la direction de Greg Abel, qui a succédé à Warren Buffett au début de 2026.

Le bénéfice d’exploitation a progressé de 16 %, à 12,98 milliards de dollars, notamment grâce à la bonne performance des activités ferroviaires, énergétiques et manufacturières. Cette croissance a compensé le recul des bénéfices de GEICO.

Mais le principal élément à retenir concerne l’utilisation de l’immense réserve de liquidités de Berkshire.

L’entreprise a racheté pour 4,5 milliards de dollars de ses propres actions au deuxième trimestre et pour 3,3 milliards supplémentaires en juillet. Elle a également acheté pour 23,5 milliards de dollars d’actions d’autres entreprises, dont environ 10 milliards investis dans Alphabet (GOOGL).

Berkshire est ainsi devenue acheteuse nette d’actions pour la première fois en 14 trimestres. Son encaisse est passée de 380,2 à 364,7 milliards de dollars. Reuters

Ces décisions suggèrent que Greg Abel demeure fidèle à la discipline de Warren Buffett, tout en étant peut-être davantage disposé à déployer les liquidités lorsque des occasions se présentent.

Les actions américaines de Berkshire Hathaway se négocient sous les symboles BRK.A et BRK.B. Pour les investisseurs canadiens, il est également possible d’obtenir une exposition à la classe B à la Bourse de Toronto grâce au CDR BRK, négocié en dollars canadiens et couvert contre les fluctuations du taux de change.

Les terres rares : une nouvelle ruée vers l’or

L’intelligence artificielle ne repose pas uniquement sur les logiciels, les centres de données et les semi-conducteurs. Elle dépend également de ressources physiques : les minéraux critiques et les terres rares.

Ces éléments sont essentiels à la fabrication de composantes électroniques, d’aimants permanents, de systèmes énergétiques et d’équipements militaires. Ils ne sont pas nécessairement rares dans la croûte terrestre, mais ils se retrouvent rarement en concentrations suffisamment importantes pour permettre une extraction et un raffinage rentables.

Washington accélère donc ses efforts pour réduire sa dépendance envers la Chine et sécuriser l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement.

Le département américain de la Guerre a récemment annoncé un engagement conditionnel pouvant atteindre 400 millions de dollars américains auprès de Sunrise Energy Metals, négociée en Australie sous le symbole SRL et sur le marché hors cote américain sous SREMF.

Le financement doit permettre de développer le projet Syerston, en Australie, qui pourrait devenir la première mine au monde consacrée principalement à la production de scandium. La production devrait commencer vers la fin de 2028.

Le scandium peut être combiné à l’aluminium pour créer des alliages plus légers et plus résistants, recherchés notamment dans l’aérospatiale, la défense et certaines technologies associées aux semi-conducteurs. Office of Strategic Capital

Cette entente rappelle celle conclue en juillet 2025 avec MP Materials (MP). Le Pentagone avait investi 400 millions de dollars dans des actions privilégiées convertibles et obtenu des bons de souscription représentant potentiellement une participation d’environ 15 % dans l’entreprise.

MP Materials développe une chaîne de production américaine complète, allant de la mine de Mountain Pass, en Californie, jusqu’à la fabrication d’aimants permanents. Sa deuxième usine d’aimants devrait commencer sa mise en service en 2028 et porter sa capacité américaine à environ 10 000 tonnes métriques par année. MP Materials

Le soutien politique peut réduire les risques de financement et garantir des débouchés commerciaux. Il ne fait cependant pas disparaître les défis du secteur : besoins élevés en capitaux, délais de développement, risques environnementaux, volatilité des prix et dépendance envers les décisions gouvernementales.

Les terres rares représentent donc un thème d’investissement stratégique, mais toutes les entreprises minières ne deviendront pas automatiquement rentables. Les sociétés les mieux positionnées seront celles qui réussiront à passer du projet à la production et à maîtriser plusieurs étapes de la chaîne d’approvisionnement.

Conclusion

Les marchés terminent une autre semaine près de leurs sommets historiques. Le ralentissement de l’inflation, la vigueur persistante des dépenses en intelligence artificielle et la solidité générale des résultats d’entreprises continuent de soutenir les indices.

Deux risques demeurent néanmoins bien présents.

Le premier est géopolitique. Une nouvelle hausse importante du pétrole provoquée par les perturbations dans le détroit d’Ormuz pourrait rapidement raviver les pressions inflationnistes.

Le deuxième concerne les attentes. Dans plusieurs secteurs liés à l’IA, les valorisations sont devenues si élevées que des résultats simplement conformes ou légèrement supérieurs aux prévisions peuvent entraîner des prises de profits.

Le marché demeure donc orienté à la hausse, mais il devient de plus en plus sélectif. La croissance ne suffit plus à elle seule : les entreprises doivent également démontrer qu’elles peuvent transformer leurs dépenses massives en revenus, en marges et, ultimement, en flux de trésorerie durables.

Questions fréquentes sur l’inflation, l’IA et les terres rares

Pourquoi le ralentissement de l’inflation favorise-t-il les marchés boursiers?

Une inflation plus modérée réduit la pression exercée sur la Réserve fédérale pour augmenter les taux d’intérêt. Des taux moins élevés soutiennent généralement les valorisations boursières, particulièrement celles des entreprises technologiques et de croissance.

Pourquoi certaines actions liées à l’IA reculent-elles malgré de bons résultats?

Les attentes sont parfois déjà très élevées dans le cours des actions. Une entreprise peut donc dépasser les prévisions et tout de même reculer si sa croissance, ses marges ou ses perspectives ne surpassent pas suffisamment les attentes du marché.

Qu’est-ce qu’une terre rare?

Les terres rares regroupent 17 éléments chimiques utilisés dans plusieurs technologies modernes. Elles sont rarement disponibles en concentrations suffisamment élevées pour permettre une extraction et un raffinage faciles et rentables.

Source :

https://www.streetinsider.com/Market+Check/Wall+St+set+for+muted+open+as+Middle+East+tensions+curb+risk+appetite/26924503.html

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