Faits saillants
En résumé : les marchés demeurent fragiles ce vendredi matin. Le pétrole reste sous pression géopolitique, les investisseurs reviennent vers les liquidités dans un réflexe qui rappelle par moments 2022, et au-delà de l’énergie, un autre secteur mérite qu’on s’y attarde davantage : celui des engrais.
Depuis le début du conflit en Iran, le pétrole capte naturellement l’attention. Pourtant, les fertilisants sont eux aussi touchés de façon importante par les perturbations potentielles sur le gaz naturel, le soufre, l’urée et la logistique mondiale. Et comme souvent dans ce genre d’environnement, tous les titres ne réagissent pas de la même façon.
Pourquoi les marchés demeurent-ils nerveux ce vendredi matin?
Ce vendredi matin, le message du marché est assez clair : les investisseurs ne se satisfont plus de simples reports d’échéance ou de déclarations diplomatiques. Même si l’administration Trump a encore repoussé une échéance concernant d’éventuelles frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes, le soulagement demeure très limité. Les contrats à terme américains reculent encore, pendant que le pétrole remonte.
Le problème, c’est que plus le conflit s’étire, plus le choc énergétique risque de contaminer le reste de l’économie. Et lorsque le pétrole repart à la hausse, les craintes inflationnistes reviennent rapidement dans le décor. C’est exactement ce qui complique la lecture des marchés en ce moment : on n’est plus seulement dans un risque géopolitique, on est aussi dans un risque monétaire.
Autrement dit, le marché craint maintenant qu’un choc sur l’énergie vienne retarder, voire annuler, l’idée de futures baisses de taux. C’est ce qui explique en partie pourquoi l’ambiance reste aussi lourde malgré certaines tentatives de désescalade.
Pourquoi parle-t-on d’un retour vers les liquidités?
L’un des éléments les plus intéressants ce matin, c’est cette idée que les investisseurs recommencent à rebâtir leurs positions en liquidités, dans une logique qui rappelle 2022.
Quand des investisseurs réduisent en même temps leur exposition aux actions, aux obligations et même à certains actifs refuges pour privilégier le cash, ce n’est pas anodin. Cela veut dire qu’ils cherchent avant tout à retrouver de la flexibilité, à réduire leur exposition au risque et à se remettre dans une posture plus défensive.
Ce parallèle avec 2022 est intéressant. À l’époque, le marché craignait des erreurs de politique monétaire dans un contexte d’inflation élevée. Aujourd’hui, la toile de fond est différente, mais le mécanisme psychologique se ressemble : un choc inflationniste potentiel, des banques centrales coincées, et un marché qui préfère attendre plutôt que de surpayer le risque.
Tant que ce mouvement vers les liquidités se maintiendra, il risque de demeurer un vent contraire pour les actifs risqués. Et c’est précisément ce qui rend les prochaines semaines aussi délicates pour les marchés boursiers.
Pourquoi les engrais méritent-ils autant d’attention que le pétrole?
Quand on pense au conflit en Iran, on pense immédiatement au pétrole. Et c’est logique. Le détroit d’Ormuz joue un rôle stratégique dans le transport mondial de pétrole et de gaz.
Mais les engrais sont eux aussi directement touchés. Pourquoi? Parce qu’une partie importante de l’industrie repose sur des intrants sensibles aux perturbations géopolitiques. C’est particulièrement vrai pour les engrais azotés, qui dépendent largement du gaz naturel. Le soufre et l’urée entrent aussi dans l’équation, ce qui signifie que toute tension prolongée peut provoquer une hausse des prix, des craintes de pénurie et une réévaluation rapide des producteurs les mieux positionnés.
Autrement dit, le conflit ne fait pas seulement monter le baril. Il redéfinit aussi, au moins temporairement, les gagnants et les perdants dans le secteur des fertilisants.
Pourquoi CF Industries ressort-elle comme l’un des gagnants du contexte actuel?
S’il y a un nom qui ressort le plus clairement dans le segment des engrais, c’est probablement CF Industries (NYSE: CF).
La logique est relativement simple. CF est un producteur nord-américain à bas coûts, ce qui lui donne un avantage important par rapport à plusieurs concurrents européens ou asiatiques plus directement pénalisés par la hausse du gaz naturel. Dans son cas, la hausse des prix mondiaux des fertilisants peut donc améliorer la rentabilité sans faire exploser les coûts de la même manière.
Les chiffres récents appuient cette lecture. L’entreprise a affiché une hausse de 23 % de ses ventes trimestrielles, une progression de 71 % du bénéfice ajusté par action, ainsi qu’une amélioration marquée des marges. Elle a aussi généré 2,75 milliards de dollars de flux de trésorerie d’exploitation en 2025, ce qui lui a permis de compléter un programme de rachat d’actions de 3 milliards, puis d’en lancer un autre de 2 milliards.

Source : graphique TradingView de The Mosaic Company (NYSE: MOS).
Ce qui alimente particulièrement l’enthousiasme autour du titre, c’est l’environnement de prix sur l’ammoniac aux États-Unis. L’analyse que nous avions regardée cette semaine avançait qu’un maintien de prix élevés pourrait créer un levier important sur l’EBITDA futur. Bien sûr, il s’agit d’un scénario qui dépend encore du contexte géopolitique et des prix, mais le message de fond reste le même : structurellement, CF apparaît comme l’un des dossiers les plus directement favorisés par le contexte actuel.
Pourquoi Mosaic raconte-t-elle une histoire plus nuancée?
Le cas de Mosaic (NYSE: MOS) est plus complexe, et c’est justement ce qui le rend intéressant.
Contrairement à CF, Mosaic est davantage exposée à la potasse et aux phosphates qu’aux engrais azotés. Or, l’un des articles partagés cette semaine avançait que ces segments profitent moins directement de la guerre. L’idée est que si les agriculteurs doivent absorber à la fois un carburant plus cher et des fertilisants chimiques plus coûteux, ils peuvent réduire certaines dépenses complémentaires. Et dans ce scénario, la demande pour la potasse et le phosphate pourrait être plus molle à court terme.
Cela aide à comprendre pourquoi Mosaic a davantage reculé que certains autres noms du secteur. Le marché semble faire une distinction entre les producteurs directement favorisés par un choc sur l’azote, et ceux dont le profil dépend davantage de la vigueur future de la demande agricole.
Cela dit, le dossier n’est pas négatif pour autant. Mosaic a tout de même amélioré ses résultats en 2025, avec des revenus d’environ 12,1 milliards de dollars et un bénéfice net de 541 millions. En parallèle, les prix de la potasse et des phosphates sont aussi plus élevés qu’il y a un an. Le problème, ce n’est donc pas forcément le prix des produits; c’est surtout l’incertitude autour de la demande à court terme, dans un environnement économique fragilisé.

Source : graphique TradingView de The Mosaic Company (NYSE: MOS).
En d’autres mots, Mosaic n’est pas nécessairement un perdant structurel. C’est plutôt un dossier qui exige davantage de patience et une lecture plus nuancée que CF.
Le projet Rainbow Rare Earths change-t-il un peu la lecture sur Mosaic?
Oui, au moins sur le long terme.
L’un des angles les plus intéressants apparus cette semaine dans le dossier Mosaic, c’est son partenariat avec Rainbow Rare Earths au Brésil. Le projet vise à traiter le phosphogypse, un sous-produit de la fabrication d’engrais, afin d’en extraire certaines terres rares. À terme, l’installation pourrait traiter 2,7 millions de tonnes métriques par année, avec un potentiel de revenus additionnels intéressant si le procédé s’avère rentable. Mosaic détiendrait 51 % de cette coentreprise.
Il faut toutefois garder ce projet dans la bonne case. Ce n’est pas un catalyseur de court terme. La production visée ne serait pas attendue avant 2030, donc il s’agit davantage d’une option stratégique que d’un moteur immédiat de profits. Mais comme piste de diversification, ce n’est clairement pas banal. Et dans un dossier comme Mosaic, cette option donne quand même une petite profondeur additionnelle à la thèse de long terme.
Que faut-il retenir pour les investisseurs?
Le pétrole continuera probablement de monopoliser une bonne partie des manchettes, mais les engrais méritent eux aussi une attention sérieuse. Et la principale leçon de cette semaine, c’est qu’il ne faut surtout pas traiter le secteur comme un bloc homogène.
CF Industries apparaît comme l’un des grands bénéficiaires potentiels du contexte actuel, grâce à son positionnement nord-américain, à sa structure de coûts et à sa sensibilité positive au prix des engrais azotés. Mosaic, de son côté, offre une histoire plus nuancée : plus fragile à court terme, mais possiblement intéressante à plus long terme sous l’angle de la valorisation, des prix agricoles et de son projet avec Rainbow Rare Earths.
Plus largement, le message envoyé par les marchés ce vendredi matin reste prudent. Le retour progressif vers les liquidités, la remontée du pétrole et la nervosité persistante autour du conflit nous rappellent que l’environnement demeure fragile.
Nous ne sommes pas dans un marché rassuré. Nous sommes dans un marché qui tente encore d’ajuster ses anticipations à un conflit qui dure, à une inflation qui menace de revenir, et à une rotation sectorielle qui continue de faire émerger des gagnants… mais aussi plusieurs faux départs.
FAQ – Ce qu’il faut savoir sur les marchés et les fertilisants
Pourquoi les investisseurs reviennent-ils vers les liquidités?
Parce que l’incertitude demeure élevée, à la fois sur le plan géopolitique et monétaire. Revenir vers le cash permet de réduire le risque et de retrouver de la flexibilité.
Pourquoi les engrais montent-ils avec la guerre en Iran?
Parce que le conflit menace certains intrants clés comme le gaz naturel, le soufre et l’urée. Cela peut faire monter les prix et avantager certains producteurs, surtout dans le segment azoté.
Pourquoi CF Industries semble-t-elle mieux positionnée que Mosaic?
CF profite davantage d’un choc sur les engrais azotés et dispose d’un avantage de coûts comme producteur nord-américain. Mosaic, davantage exposée à la potasse et aux phosphates, dépend plus de la vigueur future de la demande agricole.
Le projet Rainbow Rare Earths peut-il changer la donne pour Mosaic?
À long terme, oui, potentiellement. Mais à court terme, non. La production visée ne serait pas attendue avant 2030, donc il s’agit surtout d’une option stratégique additionnelle.
Le retour au cash signifie-t-il forcément une poursuite de la baisse?
Non, pas automatiquement. Mais tant que les investisseurs privilégient les liquidités, cela envoie un signal défensif qui peut limiter les rebonds durables sur les actifs risqués.
Source :
https://seekingalpha.com/article/4882523-cf-industries-its-still-underpriced-despite-the-rally
L’auteur de ce billet, Richard Dussault, gestionnaire principal chez DayTrader Canada, déclare détenir des positions long call dans le titres mentionné The Mosaic Company (NYSE : MOS), mais n’a aucune intention d’initier des positions dans les 72 prochaines heures. Ce billet est une opinion et ne doit en aucun temps être considéré comme un conseil en investissement.
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et nutrian dans tout cela?
Merci pour la question, c’est un très bon point. Nutrien fait clairement partie des titres à surveiller, et elle pourrait certainement s’ajouter à la liste avec d’autres joueurs intéressants du secteur.
Cela dit, avec Nutrien, on voit vraiment un titre qui divise. Certains analystes jugent que le marché est déjà allé un peu trop vite, surtout en lien avec le potasse, tandis que d’autres considèrent encore que le titre reste raisonnablement évalué et bien positionné grâce à la force du potasse et de l’azote.
Donc, oui, Nutrien demeure intéressante, mais si le contexte géopolitique se calme plus rapidement que prévu, ou si le marché commence à douter de la durée de la hausse du potasse, le titre pourrait manquer d’un catalyseur à court terme.
Opinion personnelle et non une recommandation d’investissement 😉