Puce et mémoire informatique devant un centre de données alimenté par un réseau électrique et une centrale nucléaire.

Bourse et IA : du sommet du Nasdaq à la facture des infrastructures

Le mois d’octobre commence sur une note plus enthousiaste à Wall Street. Ce vendredi, le Nasdaq a atteint un sommet en séance après la publication de chiffres de l’emploi américain beaucoup plus faibles que prévu : seulement 29 000 nouveaux postes en septembre, contre 90 000 attendus. Les investisseurs y voient une raison de moins pour que la Réserve fédérale relève ses taux à court terme. Le recul du pétrole contribue aussi à l’élan. Les semi-conducteurs et les grandes sociétés technologiques mènent le mouvement. Il faut tout de même garder en tête que les rendements obligataires ont fortement monté cette semaine : la sensibilité du marché aux taux n’a pas disparu. Source : Reuters

Le fil conducteur de ma salle de trading cette semaine était clair : bourse et IA ! Pour les actions liées à l’intelligence artificielle : l’intelligence artificielle ne se résume plus à un modèle spectaculaire. Elle exige de la mémoire, des serveurs, des centres de données, de l’électricité, des garde-fous et, éventuellement, des produits que les clients voudront payer.

Micron et NVIDIA : la demande de mémoire et de puces pour l’IA

Chez Micron (MU), la demande de mémoire pour l’IA se voit déjà dans les résultats. Le fabricant a annoncé des revenus trimestriels de 54,23 milliards de dollars américains, contre 11,32 milliards un an plus tôt, et un bénéfice ajusté de 33,42 $ par action, supérieur aux attentes. Pour son prochain trimestre, Micron prévoit environ 61,5 milliards de revenus. Ce sont des chiffres impressionnants, mais le titre avait déjà intégré beaucoup d’optimisme : de bons résultats ne garantissent jamais une réaction boursière à la hauteur. La mémoire à haute bande passante, indispensable aux processeurs d’IA, est au cœur de cette histoire. Sources : résultats de Micron et Reuters.

NVIDIA (NVDA) demeure l’autre grande bénéficiaire de cette course au calcul. Vendredi, le titre a touché un sommet intrajournalier, tandis que Morgan Stanley l’a rétabli comme son premier choix parmi les fabricants de semi-conducteurs. Après des rencontres avec la direction, l’analyste Joseph Moore estime que la valorisation reste attrayante par rapport aux bénéfices qu’il prévoit pour 2028. Son argument dépasse les seuls géants du cloud : la clientèle de NVIDIA comprend aussi des entreprises d’IA, des fournisseurs de capacité informatique et des États. C’est la lecture de Morgan Stanley, pas une garantie de rendement. Sources : Reuters et Investor’s Business Daily.

NVIDIA mise aussi sur la sécurité qui accompagne les agents d’IA. Sa nouvelle plateforme Open Agent Safety Platform surveille leurs actions et prévoit des mécanismes pour bloquer un agent qui sort des limites permises. Cela rejoint les inquiétudes soulevées par Anthropic sur les comportements possibles de systèmes plus autonomes; il s’agit de risques et de mesures de prévention, pas d’une « rébellion » constatée. NVIDIA a par ailleurs augmenté de 150 milliards de dollars son autorisation de rachat d’actions, portant l’enveloppe encore autorisée à 235 milliards. Une autorisation ne signifie pas que toutes ces actions ont déjà été rachetées. Sources : NVIDIA, sécurité et rachats.

Anthropic et Akamai : un contrat de 11,6 milliards et la facture des centres de données

L’entente entre Anthropic et Akamai (AKAM) illustre bien le changement d’échelle. Anthropic s’est engagée à acheter 11,6 milliards de dollars de services infonuagiques sur sept ans pour soutenir notamment ses charges de travail sur processeurs centraux. Akamai évalue à environ 5,5 milliards les investissements nécessaires pour fournir cette capacité. Le contrat pourrait s’élargir, mais l’expansion éventuelle n’est pas acquise. Il prévoit aussi des bons de souscription pour Anthropic, dont l’exercice pourrait avoir un effet dilutif. Voilà pourquoi un gros montant annoncé ne se transforme pas automatiquement en bénéfices immédiats pour l’actionnaire : le calendrier des revenus, le financement et l’exécution comptent tout autant. Source : communiqué d’Akamai.

La perspective d’une entrée en Bourse d’Anthropic rend cette question encore plus concrète. Selon un prospectus consulté par Reuters, ses revenus ont approché 4,6 milliards de dollars en 2025, mais l’entreprise a enregistré plus de 8 milliards de pertes d’exploitation et décrit 518 milliards d’engagements futurs liés au cloud, au calcul et aux infrastructures. La perte nette de près de 42 milliards comprend une importante charge comptable : ce n’est pas entièrement une sortie de fonds. Anthropic signale également que près du quart de ses revenus provenait de seulement deux clients, qu’elle ne nomme pas dans les éléments rapportés. Si son projet d’inscription se concrétise, les investisseurs auront enfin un point de comparaison boursier pour les créateurs de modèles d’IA. Source : Reuters.

Constellation Energy et Amazon : le nucléaire au service de la demande électrique

Cette infrastructure a besoin d’une énergie fiable. Constellation Energy (CEG) a signé avec Amazon une entente d’achat d’électricité de 20 ans pour sa centrale nucléaire de Calvert Cliffs, au Maryland. Elle porte sur 690 mégawatts, dont environ 190 mégawatts de nouvelle capacité attendus entre 2030 et 2032. Le projet doit soutenir plus de 3 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures. C’est une bonne nouvelle pour la visibilité des revenus de Constellation; la capacité additionnelle, elle, prendra des années à entrer en service. Voilà une nuance utile lorsque les manchettes disent qu’un titre « s’envole » sur une hausse de quelques pour cent. Source : Constellation Energy.

Google Gemini 4 Argon et Meta Muse : des usages concrets pour l’IA

Alphabet (GOOGL) a dévoilé Gemini 4 Argon, son nouveau modèle mis d’abord à la disposition de partenaires de cybersécurité sélectionnés, avec des évaluations de sécurité avant une diffusion élargie. Google met de l’avant ses progrès en programmation, en raisonnement et dans les tâches complexes. L’entreprise indique aussi que ses agents ont repéré des optimisations qui pourraient libérer plus de 300 tébioctets de mémoire dans ses centres de données une fois déployées. L’intérêt est double : faire avancer les capacités de l’IA et réduire la quantité de matériel nécessaire à certaines tâches. Source : Google.

Du côté de Meta (META), Muse donne une réponse plus visible à la question que se posent les actionnaires : à quoi serviront les investissements massifs dans l’IA? Je vous en parlais déjà dans ma salle du 10 septembre, alors que le lancement de l’agent avait provoqué un élan du titre. Le mouvement s’est ensuite accéléré : le 21 septembre, Meta a gagné plus de 11 % en séance. Meta développe maintenant des usages pour les petites entreprises, avec des connexions à Shopify, QuickBooks, Stripe et d’autres outils. L’adoption initiale est encourageante; la prochaine étape sera de démontrer que cet engouement peut devenir des revenus durables et justifier les dépenses. Sources : Reuters sur l’adoption de Muse et Meta sur les fonctions pour entreprises.

Tokenisation des actions : ce que la décision de la SEC change

En marge de l’IA, la tokenisation des actions a aussi animé les discussions. En septembre, la SEC américaine a accordé une exemption temporaire et encadrée pour permettre la négociation de certaines actions tokenisées sur des plateformes autorisées, sous plusieurs conditions, dont le maintien des droits des actionnaires. La perspective intéresse naturellement des acteurs comme Coinbase (COIN) et Robinhood (HOOD). J’ai aussi vu mon FNB Bitcoin IBIT changer de direction durant cette période. Il faut cependant distinguer les deux marchés : IBIT suit le Bitcoin, et sa remontée ne prouve pas que la décision sur les actions tokenisées en soit la cause unique. Sources : SEC et Reuters.

Ce que je surveille maintenant : la capacité de Micron à maintenir ses marges malgré les nouveaux investissements; le rendement réel des contrats d’infrastructure d’Akamai et de Constellation; la monétisation de Muse. L’IA fournit le grand thème de la semaine. La Bourse, elle, continuera de demander quand cette croissance se traduira en flux de trésorerie.

FAQ : comprendre les nouvelles boursières de l’IA

Pourquoi Micron profite-t-elle de la croissance de l’intelligence artificielle?

Les systèmes d’IA ont besoin de grandes quantités de mémoire, notamment de mémoire à haute bande passante utilisée avec les processeurs avancés. Cette demande soutient les ventes et les prix de Micron. Ses résultats record montrent l’ampleur du cycle actuel, sans garantir que cette croissance se maintiendra au même rythme. Source : Micron.

Pourquoi le contrat entre Akamai et Anthropic ne garantit-il pas une hausse durable d’AKAM?

Les 11,6 milliards de dollars représentent des engagements de services répartis sur sept ans, pas un bénéfice encaissé immédiatement. Akamai prévoit aussi environ 5,5 milliards de dépenses d’investissement pour livrer la capacité promise. Les investisseurs doivent donc évaluer les marges futures, l’exécution du projet et la dilution potentielle liée aux bons de souscription. Source : Akamai.

Quand Anthropic pourrait-elle entrer en Bourse?

Aucune date définitive n’a été annoncée. Reuters évoque une entrée en Bourse après les élections américaines de novembre 2026, selon les informations disponibles au 2 octobre. Le calendrier et la valorisation peuvent encore changer. Source : Reuters.

Pourquoi l’entente entre Constellation Energy et Amazon intéresse-t-elle les investisseurs en IA?

Les centres de données augmentent la demande d’électricité fiable. Le contrat de 20 ans porte sur 690 mégawatts de la centrale de Calvert Cliffs, dont 190 mégawatts de capacité additionnelle prévus entre 2030 et 2032. Il donne de la visibilité à Constellation, mais les nouvelles capacités ne seront pas disponibles immédiatement. Source : Constellation Energy.

Une action tokenisée est-elle la même chose que le Bitcoin?

Non. Une action tokenisée représente un titre boursier sur une infrastructure numérique; dans le cadre de l’exemption annoncée par la SEC, son détenteur doit conserver les mêmes droits que pour l’action traditionnelle équivalente. IBIT, lui, est un FNB qui suit le Bitcoin. La nouvelle sur la tokenisation peut stimuler l’intérêt pour l’écosystème crypto, sans établir à elle seule la cause d’un mouvement du Bitcoin. Source : SEC.

L’auteur de ce billet, Richard Dussault, gestionnaire principal chez DayTrader Canada, déclare ne détenir aucune position dans les titres mentionnés, mais pourrait avoir l’intention d’initier des positions dans les 72 prochaines heures. Ce billet est une opinion et ne doit en aucun temps être considéré comme un conseil en investissement.

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