Faits saillants
Wall Street tentait de terminer une semaine difficile sur une note positive vendredi matin. Vers 7 h, les contrats à terme progressaient d’environ 0,5 % sur le Dow Jones et le S&P 500, et de 0,6 % sur le Nasdaq 100. Ce rebond demeurait toutefois fragile : jusqu’à la clôture de jeudi, le S&P 500 se dirigeait vers sa pire semaine depuis juin, tandis que le Dow connaissait son recul hebdomadaire le plus marqué depuis mars.
Le soulagement provenait principalement du pétrole, en baisse de plus de 3 % vendredi matin. Le Brent demeurait néanmoins au-dessus de 103 $ US le baril et le WTI près de 100 $. Autrement dit, le recul du jour ressemble davantage à une prise de profits qu’à la disparition du risque énergétique.
Le pétrole relie maintenant tous les marchés
Le pétrole est devenu la variable qui relie la géopolitique, l’inflation, les obligations et les actions. Le conflit au Moyen-Orient et les attaques contre les infrastructures énergétiques et les routes maritimes ont poussé le Brent jusqu’à près de 110 $ cette semaine. Une hausse durable de l’énergie finit par toucher le transport, les billets d’avion, les produits chimiques, l’agriculture et une grande partie de la chaîne d’approvisionnement.
Les chiffres américains des prix à la production ont confirmé cette pression. Le PPI a progressé de 0,4 % en août et de 5,4 % sur douze mois. Le prix du diesel a bondi de 24,1 % en un seul mois. L’inflation fondamentale à la production, qui exclut l’alimentation et l’énergie, a été plus modérée à 0,2 %, mais demeure élevée à 4,6 % sur un an, selon les données du Bureau of Labor Statistics.
Le prochain test est l’indice des prix à la consommation de vendredi. Au moment de mettre ce billet sous presse, le chiffre officiel n’avait pas encore été publié. Le consensus anticipait une hausse mensuelle de 0,4 % de l’IPC global et une inflation annuelle autour de 3,4 %. Le marché évaluait à environ 70 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base de la Réserve fédérale lors de sa réunion de septembre.
La tension se voit surtout dans le marché obligataire. Le rendement du Trésor américain de dix ans évoluait autour de 4,94 %, tout près du seuil psychologique de 5 %. À ce niveau, les obligations sans risque deviennent plus concurrentielles face aux actions, particulièrement aux titres technologiques dont la valorisation dépend de profits attendus très loin dans le futur.
Le Trésor américain a bien racheté pour 5,2 milliards de dollars d’obligations à long terme cette semaine, mais cette opération vise d’abord à améliorer la liquidité de certaines émissions. Elle ne peut pas, à elle seule, contrôler durablement les taux. Pour faire réellement baisser les rendements à long terme, il faudrait une amélioration des perspectives d’inflation, une réduction des déficits publics ou un ralentissement économique.
La Banque centrale européenne a d’ailleurs rappelé que le problème est mondial en relevant son taux directeur de 25 points de base, à 2,50 %. Les marchés affrontent donc simultanément une énergie coûteuse, des déficits élevés et des banques centrales qui ne peuvent pas encore relâcher leur vigilance.
Oracle rassure, Adobe doit encore convaincre
Les résultats d’Oracle et d’Adobe ont donné une excellente illustration de la nouvelle discipline du marché envers l’intelligence artificielle. Dépenser pour l’IA ne suffit plus : les investisseurs veulent voir des revenus, des contrats et un rendement mesurable.
Oracle a répondu présent. Son chiffre d’affaires trimestriel a atteint 19,3 milliards de dollars, en hausse de 30 %, tandis que son bénéfice ajusté de 1,92 $ par action a dépassé le consensus de 1,74 $. Les revenus de son infrastructure infonuagique ont bondi de 121 %, à 7,4 milliards, et son carnet de commandes a atteint 664 milliards de dollars. L’action gagnait environ 6 % à 7 % avant l’ouverture de vendredi, selon Reuters.
Le marché avait pourtant de bonnes raisons d’être sceptique. Oracle prévoit investir autour de 90 à 95 milliards de dollars cette année dans ses centres de données et continue de générer un flux de trésorerie disponible négatif. Les résultats ont cependant montré qu’une partie croissante de cette capacité est soutenue par des contrats, des acomptes de clients et une demande bien réelle. Le risque n’a pas disparu, mais l’entreprise commence à prouver que ses dépenses en IA peuvent être monétisées.
Adobe a également dépassé les attentes, avec des revenus de 6,76 milliards de dollars et un bénéfice ajusté de 6,13 $ par action. Ses revenus récurrents associés aux produits conçus autour de l’IA ont progressé de plus de 150 %. Malgré cela, le titre reculait de plus de 4 % avant l’ouverture.
Pourquoi? Le point milieu des prévisions de revenus du prochain trimestre était légèrement inférieur aux attentes. Surtout, les investisseurs s’interrogent toujours sur la capacité d’Adobe à transformer l’IA en avantage concurrentiel face à des plateformes comme Canva et Figma. La transition prochaine à la direction ajoute une couche d’incertitude. Oracle a démontré une accélération spectaculaire de la demande; Adobe a présenté de bons chiffres, mais pas encore la preuve définitive que l’IA renforce son pouvoir de marché.
Meta franchit enfin sa moyenne de 200 jours
Meta a été l’un des titres les plus intéressants de la semaine. Le lancement de Muse, son nouvel agent d’intelligence artificielle capable d’interagir avec le courriel, le calendrier, les achats et d’autres applications, a contribué à un gap haussier de plus de 6 %. Le titre a ainsi franchi clairement sa moyenne mobile exponentielle de 200 jours, qui lui servait de résistance depuis plusieurs mois.
La EMA 200 représente le prix moyen pondéré des 200 dernières séances, en accordant davantage d’importance aux données récentes. Elle est suivie par de nombreux gestionnaires institutionnels comme une frontière entre tendance haussière et tendance baissière de long terme.
Après plusieurs échecs sous cet indicateur, un gap au-dessus suggère que les acheteurs ont absorbé l’offre présente dans cette zone. Le signal devient encore plus crédible si le titre conserve la EMA 200 lors d’un éventuel retour. Une moyenne mobile n’est jamais une garantie, mais son rôle peut changer : l’ancienne résistance devient alors un support potentiel.
L’iPhone Duo : un téléphone qui veut remplacer la tablette
Apple a finalement présenté son premier téléphone pliable. L’iPhone Duo propose un écran externe de 5,4 pouces et s’ouvre sur une surface de 7,6 pouces, proche de celle d’un iPad mini. Il pourra donc servir de téléphone, d’appareil de lecture, d’écran vidéo et de petit outil de productivité sans avoir à transporter une tablette séparée.
Les précommandes commenceront le 16 octobre et la commercialisation le 23 octobre. Le prix de départ est de 1 999 $ US, soit environ 2 999 $ CA. C’est extrêmement cher, mais Apple vise manifestement une nouvelle catégorie ultra premium.
Malgré la controverse entourant ce prix et les moqueries de Samsung, la réaction des investisseurs a été nettement positive. L’action d’Apple a progressé de 3,6 % jeudi pour clôturer à 326,57 $, mettant fin à une séquence de trois séances négatives et repassant au-dessus de sa moyenne mobile de 50 jours. Cette performance est d’autant plus remarquable que le S&P 500 et le Nasdaq ont tous les deux reculé durant la séance. Le marché semble donc avoir davantage retenu le potentiel commercial du nouveau format que les critiques formulées à propos de son prix.
Pour Apple, l’enjeu est moins de vendre ce modèle à tout le monde que d’augmenter le prix moyen de ses appareils et de créer un nouveau cycle de remplacement. L’iPhone Duo pourrait également attirer les consommateurs qui hésitaient auparavant entre l’achat d’un téléphone haut de gamme et celui d’un iPad mini. Il faudra toutefois attendre les précommandes et les premières données de vente pour déterminer si l’enthousiasme boursier correspond à une véritable demande ou simplement à une réaction favorable au lancement.
Tarifs, cuivre et effet de levier
Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis ont aussi pris de l’ampleur. Des tarifs canadiens de 15 % à 50 % sur environ 20 milliards de dollars américains de produits sont entrés en vigueur le 8 septembre. Washington a répliqué en annonçant de nouvelles restrictions et surtaxes visant notamment certains produits canadiens à compter de la fin septembre.
Le cuivre se retrouve au centre de cette discussion. Les États-Unis importent environ la moitié du cuivre qu’ils consomment et ne disposent que de deux grandes fonderies en activité. La perspective de tarifs avait provoqué une accumulation de stocks et une forte prime sur les contrats américains. Lorsque la Maison-Blanche a laissé entendre qu’elle pourrait ralentir ou modifier son projet de tarifs sur le cuivre pour éviter d’augmenter les coûts manufacturiers, les prix ont rapidement reculé. Le Canada est particulièrement exposé puisque les États-Unis absorbent plus de 99 % de ses exportations de cuivre raffiné, selon Ressources naturelles Canada.
Sur Interactive Brokers, le symbole du contrat à terme standard sur le cuivre est HG, négocié au COMEX. Un cours de 6,55 $ signifie 6,55 $ US la livre. Comme chaque contrat représente 25 000 livres, sa valeur notionnelle atteint environ 163 750 $ US.
Il n’est pas nécessaire de verser toute cette somme. Dans l’exemple à 6,5445 $, observé cette semaine dans notre salle de trading, la valeur notionnelle était de 163 612,50 $ US. Le panneau d’IB indiquait une marge initiale actuelle de 21 818 $ CA, une augmentation de 18 113 $ attribuable au nouveau contrat et une marge initiale totale après transaction de 39 931 $.
La distinction est essentielle : la marge est une garantie, pas le coût maximal ni la perte maximale. Un mouvement de seulement 0,01 $ la livre représente déjà 250 $ US par contrat. Une variation de 0,10 $ équivaut donc à 2 500 $ US.
Le contrat HG est lié à une livraison physique. Théoriquement, une position acheteuse conservée dans le processus de livraison peut mener à l’obligation de prendre livraison de 25 000 livres de cuivre, généralement au moyen d’un titre d’entrepôt. En pratique, les courtiers imposent souvent la fermeture ou le roulement des positions avant cette étape. Les spécifications du contrat sont disponibles auprès du CME Group.
Ce qu’il faut retenir
Le rebond de vendredi ne fait pas disparaître les risques de la semaine. Tant que le pétrole demeure autour de 100 $, l’inflation et les rendements obligataires resteront capables de limiter les multiples boursiers. En parallèle, l’intelligence artificielle continue de créer des gagnants, mais le marché exige désormais des résultats concrets.
La prochaine direction dépendra donc moins des promesses que de trois confirmations : une inflation qui cesse de s’élargir, des taux à long terme qui se stabilisent et des investissements technologiques qui produisent enfin les bénéfices attendus.
Foire aux questions
Pourquoi la hausse du pétrole nuit-elle aux actions technologiques?
Elle augmente les risques d’inflation et de hausse des taux. Des taux plus élevés réduisent la valeur actuelle des profits futurs, ce qui affecte davantage les sociétés à forte croissance.
Le franchissement de la EMA 200 constitue-t-il automatiquement un signal d’achat?
Non. C’est un changement technique favorable, surtout après plusieurs mois de résistance, mais il doit être confirmé par le volume, les clôtures suivantes et la capacité du titre à conserver cette moyenne comme support.
Pourquoi IB affiche-t-il 163 612 $ US si la marge supplémentaire n’est que de 18 113 $ CA?
Les 163 612 $ représentent la valeur économique des 25 000 livres de cuivre. Les 18 113 $ correspondent à la garantie supplémentaire exigée pour contrôler cette exposition. Cet effet de levier amplifie autant les gains que les pertes.
Que faut-il faire avant l’échéance d’un contrat HG?
Un spéculateur ferme normalement sa position ou la roule vers une échéance plus éloignée avant la période de livraison. Il faut connaître les dates limites et les règles précises du courtier, car celui-ci peut liquider la position plus tôt.
Source :
https://www.apple.com/ca/iphone-duo
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