Faits saillants
Les marchés financiers nord-américains abordent la séance de jeudi avec un léger biais haussier, dans un contexte où les investisseurs digèrent à la fois la dernière décision de la Réserve fédérale américaine et une série de résultats financiers contrastés du côté des géants technologiques. À cela s’ajoutent des tensions géopolitiques accrues, qui alimentent une forte demande pour les valeurs refuges et soutiennent les prix des matières premières, notamment l’or et le pétrole.
Les contrats à terme sur les indices américains évoluaient en territoire positif avant l’ouverture, signalant une ouverture prudente mais constructive. À 5 h 25 (heure de l’Est), les contrats à terme sur le Dow Jones progressaient d’environ 60 points (+0,1 %), ceux sur le S&P 500 gagnaient 16 points (+0,2 %) et le Nasdaq 100 avançait de 85 points (+0,3 %).
Cette progression modérée reflète un marché qui cherche davantage à confirmer des tendances qu’à initier un mouvement directionnel fort, après une séance précédente marquée par un moment symbolique : le S&P 500 a brièvement franchi le seuil psychologique des 7 000 points, avant de terminer pratiquement inchangé.
Une pause attendue de la Fed, mais peu de visibilité sur la suite
Sans grande surprise, la Réserve fédérale américaine a annoncé hier mercredi le maintien de son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %, marquant ainsi une pause après trois baisses consécutives.
Dans son communiqué, la Fed a mis en avant plusieurs éléments clés :
- une inflation toujours supérieure à l’objectif de long terme,
- une croissance économique jugée solide,
- un marché du travail qui montre des signes de stabilisation.
Autrement dit, la banque centrale n’a ni fermé la porte à de futures baisses de taux, ni donné d’indication claire sur leur calendrier. Cette absence de signal fort a été accueillie relativement positivement par les marchés.
Comme l’a résumé Gabriel Shahin, fondateur de Falcon Wealth, l’essentiel est que Jerome Powell n’ait pas surpris les investisseurs. Lorsque la Fed agit conformément aux attentes, une partie de l’anxiété se dissipe, même si le scénario de taux plus élevés pour plus longtemps demeure.
Pause monétaire aussi au Canada : la Banque du Canada reste prudente
Plus près de chez nous, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 %, une décision largement anticipée par les marchés. Il s’agit d’une nouvelle confirmation de la prudence de la banque centrale, qui avait déjà mis fin à son cycle d’assouplissement monétaire en décembre.
Son gouverneur, Tiff Macklem, estime que l’économie canadienne évolue conformément aux projections, malgré un environnement externe plus incertain. La Banque du Canada prévoit une croissance modeste, une inflation qui demeure près de la cible de 2 %, ainsi qu’un ralentissement économique vers la fin de 2025, suivi d’une reprise graduelle par la suite.
Cette prudence est notamment liée aux incertitudes entourant la politique commerciale américaine, aux tensions géopolitiques et à la renégociation à venir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Dans ce contexte, les économistes s’attendent à ce que la Banque du Canada reste en retrait au cours des prochains mois, avec une probabilité légèrement plus élevée d’une baisse future des taux plutôt que d’un resserrement.
Marchés actions : la technologie au cœur de toutes les attentions
Si la Fed a donné le ton macroéconomique, ce sont surtout les résultats des mégacapitalisations technologiques qui ont animé les échanges après la clôture de mercredi.
Meta surprend positivement et rassure sur la publicité
La maison mère de Facebook et Instagram, Meta Platforms, a publié des prévisions de revenus pour le premier trimestre supérieures aux attentes du marché. L’entreprise a mis de l’avant la résilience de la demande publicitaire ainsi que les premiers rendements concrets de ses investissements massifs en intelligence artificielle.
Résultat : le titre bondissait de plus de 7 % en préouverture, confirmant l’appétit des investisseurs pour les entreprises capables de conjuguer croissance, innovation et génération de flux de trésorerie.
Toutefois, Meta a également annoncé une hausse marquée de ses dépenses en capital, qui pourraient atteindre jusqu’à 135 milliards de dollars cette année. Cette envolée des investissements, principalement orientée vers l’IA, dépasse largement les attentes de Wall Street et souligne une tendance lourde du secteur : la course à l’intelligence artificielle exige des moyens financiers colossaux.
Microsoft recule malgré l’IA, le cloud sous surveillance
À l’inverse, Microsoft a vu son titre reculer nettement en préouverture. Bien que l’entreprise ait elle aussi investi massivement dans l’IA, les investisseurs ont surtout retenu un point plus préoccupant : une croissance légèrement inférieure aux attentes au sein de sa division Azure, moteur central de son activité cloud.
Ce ralentissement relatif, même modeste, rappelle que dans un contexte de valorisations élevées, la moindre déception est sévèrement sanctionnée. Le marché n’accorde plus de chèque en blanc, même aux leaders incontestés du secteur technologique.
Tesla et Apple : deux visions opposées sous les projecteurs
Le titre Tesla progressait quant à lui avant l’ouverture, après la publication de résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Le constructeur de véhicules électriques a également envoyé un signal stratégique fort en mettant davantage l’accent sur l’intelligence artificielle, alors que son activité automobile fait face à une pression soutenue sur les marges.
Ce repositionnement confirme que Tesla cherche à se redéfinir progressivement comme une entreprise technologique, et non uniquement comme un fabricant automobile.
De son côté, Apple doit publier ses résultats après la clôture. Les investisseurs surveilleront particulièrement l’évolution des coûts des intrants, les marges bénéficiaires et la demande pour l’iPhone, dans un environnement où le consommateur demeure sensible à l’inflation et aux taux d’intérêt.
Or, argent et cuivre : ruée vers les valeurs refuges
Sur les marchés des matières premières, la séance est dominée par une envolée spectaculaire des métaux. L’or a atteint un nouveau sommet historique, flirtant avec les 5 600 $ l’once, tandis que l’argent dépassait les 119 $, un record absolu.

Cours de l’argent (US$ / OZ), source TradingView.
Cette ruée vers les valeurs refuges s’explique par une combinaison de facteurs :
- montée des tensions géopolitiques,
- affaiblissement du dollar américain,
- incertitude persistante sur la trajectoire économique et politique des États-Unis.
Le cuivre, baromètre de la croissance mondiale, a lui aussi atteint un sommet record, soutenu par les craintes d’une offre insuffisante et par la demande structurelle liée à l’électrification et à la transition énergétique.
Le pétrole grimpe sur fond de tensions au Moyen-Orient
Les prix du pétrole ont également fortement progressé, alimentés par les inquiétudes entourant une possible perturbation de l’offre iranienne. Selon certaines informations, l’administration Trump envisagerait une nouvelle action militaire, ravivant les craintes sur la stabilité de la région.
Le Brent gagnait près de 1,8 % à 68,57 $ US le baril, tandis que le WTI progressait de 2 % à 64,44 $ US. Les deux contrats affichent une hausse d’environ 5 % depuis le début de la semaine, atteignant leurs plus hauts niveaux depuis la fin septembre.
Lecture pour les investisseurs
Dans l’ensemble, le marché se trouve dans une phase de digestion, où plusieurs forces parfois contradictoires cohabitent :
- une Fed prudente, mais toujours restrictive,
- des géants technologiques solides, mais évalués avec exigence,
- des tensions géopolitiques qui soutiennent les matières premières,
- une volatilité latente, prête à ressurgir au moindre catalyseur.
Pour l’investisseur, ce contexte appelle à la nuance. Il ne s’agit ni d’un signal clair de surchauffe, ni d’un avertissement imminent de retournement. La clé demeure la gestion du risque, la sélection rigoureuse des titres et une lecture attentive des flux sectoriels.
À court terme, les résultats d’Apple pourraient servir de prochain catalyseur. À moyen terme, l’évolution de l’inflation et du marché du travail dictera le tempo des décisions de la Fed. Entre-temps, les marchés continueront d’osciller entre optimisme technologique et prudence macroéconomique.
Source :
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2224093/banque-du-canada-maintient-son-taux-directeur-a-2-25
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