Taco Trade

Le “TACO Trade” secoue Wall Street

Cette semaine boursière aura offert un exemple presque d’école de ce que les marchés ont appris à reconnaître depuis quelques temps : le TACO Trade. Cette expression, devenue populaire chez certains analystes, illustre la dynamique récurrente où des déclarations politiques agressives provoquent un choc initial sur les marchés, avant d’être suivies d’un recul ou d’un ajustement de ton qui alimente un rebond. Entre menaces tarifaires, tensions géopolitiques et volte-face rhétorique, Wall Street a de nouveau été forcée de naviguer dans un environnement où la politique dicte, à court terme, le tempo des marchés financiers.

Dès le début de la semaine, les investisseurs ont été confrontés à une montée brutale de l’aversion au risque après des propos du président américain liant de nouvelles sanctions commerciales à l’acquisition du Groenland. Cette réaction de panique a rapidement laissé place à une lecture plus nuancée des événements, ravivant le scénario bien connu du TACO TradeTrump Always Chickens Out — où les marchés, après avoir corrigé, misent sur un apaisement politique et un retour à des fondamentaux économiques plus solides. Le reste de la semaine viendra justement illustrer ce va-et-vient constant entre incertitude politique, soulagement des investisseurs et prudence persistante.

En toile de fond, des marchés obligataires nerveux, un or en territoire record, et des investisseurs qui jonglent entre optimisme économique et prudence stratégique.

Le choc du Groenland : marchés sous pression en début de semaine

La semaine a débuté brutalement mardi pour les marchés américains. Après le congé lundi de Martin Luther King Day, les investisseurs ont eu leur première occasion de réagir aux propos tenus par Donald Trump durant le week-end. Le président américain avait alors évoqué l’imposition de nouveaux tarifs douaniers contre plusieurs pays européens — dont l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni — si les États-Unis n’étaient pas autorisés à acquérir le Groenland.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Les trois grands indices américains ont enregistré leur pire séance en près de trois mois. Le S&P 500 a reculé de plus de 2 %, le Nasdaq de près de 2,4 %, tandis que le Dow Jones perdait plus de 870 points en une seule séance. Ces baisses ont été suffisamment marquées pour faire passer le S&P 500 et le Nasdaq sous leurs moyennes mobiles à 50 jours, un signal technique souvent surveillé par les investisseurs institutionnels.

Ce mouvement de vente généralisée s’est rapidement propagé à l’ensemble des classes d’actifs. L’or, valeur refuge par excellence, a bondi vers de nouveaux sommets historiques, tandis que les obligations gouvernementales américaines subissaient une pression à la vente, entraînant une remontée des rendements, particulièrement sur les maturités longues. Même le bitcoin, parfois perçu comme un actif alternatif en période d’instabilité, a reculé de plus de 3 %.

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Cours de l’or (US$ / OZ), source TradingView.

L’indice de volatilité VIX, souvent surnommé « l’indice de la peur », a grimpé au-dessus du seuil des 20 points, atteignant son niveau de clôture le plus élevé depuis la fin novembre. Les volumes de transactions ont également fortement augmenté, signe d’une nervosité bien réelle sur les marchés.

Une peur rationnelle… mais mesurée

Malgré l’ampleur du mouvement, plusieurs observateurs ont rapidement souligné que cette réaction relevait davantage d’un ajustement rapide du risque que d’un véritable changement de régime de marché. Certains gestionnaires estimaient que les investisseurs ne fuyaient pas massivement les actions, mais cherchaient plutôt à réduire temporairement leur exposition en attendant davantage de clarté.

Cette prudence s’explique aussi par le souvenir encore récent du printemps dernier, lorsque des menaces tarifaires similaires avaient provoqué un important épisode de volatilité avant de s’estomper. La question centrale devenait alors la suivante : s’agissait-il d’un simple « choc médiatique » ou du début d’une nouvelle phase de tensions commerciales durables ?

Les marchés obligataires ajoutent à la nervosité

En parallèle, les marchés obligataires mondiaux ont contribué à alimenter l’incertitude. Au Japon, une chute marquée des obligations gouvernementales a poussé les rendements à des niveaux records, ébranlant les marchés locaux et exerçant une pression indirecte sur les obligations européennes et américaines.

Aux États-Unis, la vente d’obligations s’est concentrée sur le segment long de la courbe des taux, ce qui a ravivé les interrogations sur la trajectoire future de l’inflation et de la politique monétaire. Même si l’économie américaine demeure solide, cette instabilité obligataire rappelle que les équilibres financiers restent fragiles.

Davos, Trump… et le retour du “TACO Trade”

Le ton a radicalement changé à partir de mercredi. Lors de son discours à Davos, Donald Trump a explicitement écarté l’option militaire pour acquérir le Groenland et a évoqué l’existence d’un « cadre de discussion » avec les partenaires concernés. Cette clarification a été perçue comme un net apaisement des tensions.

Les marchés ont immédiatement salué ce revirement. Mercredi et jeudi, les actions américaines ont enchaîné deux solides séances de rebond, effaçant une bonne partie des pertes subies en début de semaine. Le Dow Jones est même repassé en territoire positif sur l’ensemble de la semaine, tandis que le Nasdaq et le S&P 500 ont affiché des gains respectifs de près de 1 % et 0,6 % lors de la séance de jeudi.

Certains analystes ont parlé du retour du fameux « TACO trade », acronyme pour Trump Always Chickens Out, une expression popularisée pour décrire la tendance du président américain à adopter une posture agressive avant de reculer face à la réaction négative des marchés financiers.

Cette lecture est renforcée par le fait que les marchés ont déjà vécu des épisodes similaires. À chaque fois, la volatilité initiale a fini par laisser place à un rebond, tant que les fondamentaux économiques demeuraient solides.

Dans ce climat encore chargé, il convient aussi de souligner le discours particulièrement bien senti livré la veille à Davos par notre premier ministre, Mark Carney. Sans nommer directement Donald Trump, Carney a critiqué l’usage par les grandes puissances de l’intégration économique comme outil de domination, appelant les puissances intermédiaires, dont le Canada, à s’unir pour faire valoir leurs intérêts à partir d’une position de force. En affirmant avec justesse que « l’ancien ordre ne reviendra pas » et que la nostalgie n’est pas une stratégie, ce discours lucide et rassembleur a trouvé un écho notable à Davos.

Des signaux économiques rassurants

Sur le front macroéconomique, les données publiées durant la semaine ont plutôt soutenu ce scénario de stabilisation. Les demandes hebdomadaires d’allocations chômage ont légèrement augmenté, mais sont restées bien en deçà des attentes, confirmant la robustesse du marché de l’emploi américain.

Les données sur l’inflation, quant à elles, se sont alignées avec les prévisions, sans mauvaise surprise. Ces éléments ont contribué à calmer les craintes d’un resserrement monétaire prolongé et ont soutenu les secteurs les plus sensibles aux taux d’intérêt.

Certains segments du marché ont particulièrement bien performé, notamment les valeurs aurifères, portées par la flambée du prix de l’or, ainsi que les télécommunications et certaines valeurs technologiques.

Vendredi : retour à la prudence avec Intel

Après deux jours d’euphorie relative, la séance de vendredi s’annonce plus hésitante. Les contrats à terme sur les principaux indices américains étaient légèrement en baisse, signalant une ouverture prudente.

La principale source de pression provenait du secteur technologique, et plus précisément d’Intel. Le géant des semi-conducteurs a publié des prévisions de revenus et de bénéfices inférieures aux attentes, évoquant des difficultés à répondre à la demande pour ses puces destinées aux centres de données liés à l’intelligence artificielle. Le titre a plongé de près de 13 % en avant-bourse, rappelant que même les valeurs ayant fortement progressé depuis le début de l’année ne sont pas à l’abri de corrections brutales.

Cette contre-performance a ravivé les interrogations sur la capacité des grandes entreprises technologiques à justifier leurs valorisations élevées, à l’approche d’une semaine cruciale de publications de résultats pour plusieurs poids lourds du secteur.

Une Fed toujours au centre du jeu

En toile de fond, les investisseurs continuent de scruter la Réserve fédérale. Bien qu’un statu quo sur les taux soit largement anticipé à court terme, le marché s’attend toujours à une première baisse dès le mois de juin. Les prochaines déclarations du président de la Fed seront donc analysées avec attention, dans un contexte où la politique monétaire reste un facteur clé de soutien aux marchés.

Conclusion : une semaine révélatrice

Cette semaine de janvier illustre parfaitement l’environnement dans lequel évoluent actuellement les marchés financiers. D’un côté, une économie américaine résiliente, des perspectives de baisse de taux et une dynamique de bénéfices encore favorable. De l’autre, une instabilité géopolitique persistante, des discours politiques imprévisibles et une sensibilité accrue aux moindres signaux négatifs.

Pour les investisseurs, le message est clair : la volatilité est loin d’avoir disparu. Plus que jamais, la discipline, la gestion du risque et la capacité à prendre du recul face aux mouvements émotionnels du marché demeurent essentielles.

Source :

https://www.streetinsider.com/Market+Check/Wall+Street+slides+to+near+three-week+low+as+Greenland+dispute+triggers+global+sell-off/25863618.html

https://www.nasdaq.com/articles/us-stocks-extend-yesterdays-rebound-amid-easing-greenland-tensions

https://www.streetinsider.com/General+News/US+stock+futures+dip+as+Intel+dives%2C+geopolitical+concerns+linger/25883887.html

https://www.investopedia.com/after-trump-s-greenland-deal-wall-street-is-talking-up-the-taco-trade-again-what-s-next-11890561

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